"Massacre organisé à l'université". C'est sous ce titre qu'un "éminent juriste" nantais, le doyen Bigot, vient de lancer un cri d'alarme. Il y dénonce l'incroyable gâchis humain que représente les taux d'échecs dans les premiers cycles universitaires. En cela, il a parfaitement raison de dénoncer cet envoi au casse-pipes de jeunes, sortis tous frais du lycée, avec un baccalauréat largement dévalué parce donné avec trop de générosité. Rien de très nouveau dans cette dénonciation toutefois.

Après le constat, doivent normalement suivre les propositions, et c'est là que cela se gâte. Ce bon doyen (directeur de la faculté de droit) n'a qu'un mot à la bouche : sélection. Il faut sélectionner les étudiants dès la première année, et envoyer gentiment ailleurs ceux qui n'ont rien à faire à l'université. Cela ne leur fera perdre qu'un an au lieu de deux ou trois. En résumé, autant les achever tout de suite, cela fera des économies pour tout le monde, cela s'appelle "la sélection par souci d'humanité". C'est cynique ! A sa décharge, il faut reconnaitre que la sélection se fait quand même. Elle n'est pas transparente et peut ainsi être source d'incompréhensions et de frustrations pour les rejetés du système. En prenant ce parti de la sélection officialisée, on enterre l'idée de l'ouverture à tous des filières universitaires. On veut réserver l'université à une élite et en faire des grandes écoles bis. Et les autres, ils font quoi ? Le doyen Bigot ne propose rien, et cela ne semble pas être sa préoccupation. C'est bien dommage !

Car derrière ce plaidoyer pour une sélection, se cache, à peine dissimulée, la frustration des professeurs d'université. Ils ont suivi de très longues études, et au bout d'un chemin semé d'embûches, après une sélection féroce, ils ont atteint le graal. Et là, ils s'aperçoivent que cette coupe, magnifique vue de loin, n'est qu'en plaqué or. Ce qui intéresse les universitaires, c'est avant tout la recherche, et ils se retrouvent à encadrer des pléthores d'étudiants, dont la plupart n'iront pas plus loin que la première année. Par décision politique, l'Université est devenue le déversoir voire le dépotoir, les meilleurs éléments (ainsi que les crédits de l’État) étant dirigés vers les grandes écoles. D'où colère et frustration des enseignants, qui au passage se voient socialement déconsidérés et financièrement pénalisés: Tout ça pour ça !

Finalement, le sort des étudiants ne semble pas intéresser tant que cela le doyen Bigot, pas plus sans doute que ses autres collègues. L'organisation de notre enseignement supérieur est à réformer complètement, c'est une évidence, mais il faut pour cela que les acteurs de premier rang tels que les professeurs d'université aient un peu plus de hauteur de vue et pensent aussi aux étudiants avant de plaider pour leur confort.