J'ai participé ces derniers jours à une discussion sur le blog de Laurent Gloaguen concernant la sanction professionnelle qui a frappé un proviseur connu sous le pseudonyme de Garfieldd. A travers les commentaires et les posts de réponse à mes commentaires, une remarque m'a paru intéressante à reprendre pour amorcer un débat sur la communication, l'écoute et finalement le dialogue sur la blogosphère.

"la plupart des blogueurs acceptent de discuter, c'est juste qu'il y a certaines limites à ne pas dépasser" Cette remarque pose le débat des limites, car effectivement, il doit y en avoir. Maintenant, lesquelles? Les premières limites, intangibles et non négociables sont pénales. Sur internet comme ailleurs, sont interdits le négationnisme, l'incitation à la haine (qu'elle soit raciale ou homophobe) et la diffamation (allégation de faits précis et mensongers contre des personnes nommément citées et reconnaissables et portant atteinte à leur honneur et à leur considération). Pour la diffamation, il faut que la personne visée soit identifiable, que des faits précis soient allégués et qu'ils soient mensongers ou inexacts et qu'ils portent atteinte à leur honneur et à leur bonne réputation. Parfois, la limite n'est pas évidente à fixer selon le point de vue et la lecture des mots que l'on adopte.Ce n'est pas parce que des propos ne font pas plaisir à certains qu'il y a forcement diffamation. Pour le reste, internet doit rester un espace de liberté où l'on peut échanger, même vigoureusement, des propos qui peuvent être désagréables. C'est au modérateur, quand il y en a un, d'intervenir pour mettre le holà s'il estime franchies les limites qu'il a posées.

Le respect de la liberté d'expression implique de reconnaitre à chacun le droit d'avoir un avis et de l'exprimer. le principe est simple, mais parfois peu évident lorsqu'il s'agit de l'appliquer, car s'il est facile d'accepter la liberté d'expression de ceux qui pensent globalement comme nous, à quelques détails près, c'est une autre paire de manches face à des personnes qui ont des schémas de pensée radicalement différents. C'est là que se situe le vrai test, lorsqu'on est en désaccord total avec quelqu'un, y compris sur les bases! La question est ouverte, faut-il mettre des limites à la liberté d'expression et la réserver uniquement à ceux qui adhèrent à un bloc de convictions, de valeurs ou à des positions préalablement définies? La tentation est toujours grande de faire taire ou de disqualifier l'opposant plutôt que de répondre sur le fond.

Dans la conception qui est la mienne, le débat doit être le plus ouvert possible et il faut s'efforcer de recevoir la parole de l'autre avec bienveillance, en cherchant à la comprendre réellement, en acceptant de se décentrer et de réfléchir à partir des postulats de l'autre. Cela ne veut pas dire adhérer à ces postulats, on peut affirmer ses positions et souligner les désaccords. On peut aussi par ce biais évoluer dans sa pensée et découvrir autre chose. A rester tout le temps entre soi et à analyser l'ensemble du monde à partir de ses propres schémas de pensée mène à l'incompréhension fondamentale de l'autre et à l'intolérance. Les médias nous donnent malheureusement des exemples en abondance de ce type de comportement.